Entretien avec Karine Molinié
sur Lemagazine.info en novembre 2007
IL N'Y A PAS DE MORSURE GRATUITE
L’Assemblée nationale s’apprête à voter un projet de loi renforçant les conditions de détention des chiens dangereux. Les propriétaires concernés seraient bientôt dans l’obligation d’obtenir une attestation d’aptitude et de soumettre leur animal à une évaluation comportementale régulière. Ces mesures interviennent en réaction à une série d’attaques de molosses survenue ces trois derniers mois. Le point de vue de Karine Molinié, comportementaliste canin à Cuers, dans le Var, créatrice en septembre 2004 du Groupement européen de comportementalistes canins.
Lemagazine.info :
En quoi consiste votre métier de comportementaliste ?
Karine Molinié :
La formation allie la psychologie à l’éthologie, c’est à dire l’étude des comportements dans le lieu de vie. L’un ne va pas sans l’autre. C’est en jouant sur les deux tableaux qu’on arrive à aider les gens. On ne peut pas donner la même recette à une personne âgée qu’à une personne dépressive ! Mon travail consiste à remonter à la source du problème de la relation entre le maître et son animal. Je règle le problème avec l’humain ; le chien ne peut rien m’apprendre et je ne peux rien lui expliquer !
Lemagazine.info :
Quelles sont les activités du Groupement européen de comportementalistes canins ?
Karine Molinié :
Le GECC est composé de comportementalistes, d’éducateurs comportementalistes, d’éleveurs et de vétérinaires. L’association est présente dans toute la France et lors de nombreux salons afin d’expliquer au grand public notre activité. Nous organisons des colloques internationaux sur les comportements des chiens et des chats, le prochain se fera en avril 2008 en Avignon. Nous mettons en place des petites formations sur l’éducation canine, les techniques de communication, les comportements des chats… Ces formations (payantes avec un nombre d’inscription limité NDLR) sont ouvertes à tous.
Lemagazine.info :
Que pensez vous du projet de loi élaboré par la ministre de l’intérieur, Michèle Alliot-Marie, qui assimile les chiens « mordeurs » aux races réputées dangereuses ?
Karine Molinié :
L’idée d’informer les propriétaires de chiens sur la nature propre de celui-ci, de leur inculquer les bases de l’éducation, leur permettre de connaître et d’anticiper les situations à risques est à mon sens une très bonne chose. C’est par une meilleure diffusion de l’information que les accidents diminueront et que les maîtres se responsabiliseront. D’autre part, l’évaluation comportementale par les vétérinaires donne une chance au chien mordeur. Il ne sera plus euthanasié sans que l’on recherche le pourquoi de l’agression. Je m’explique : un chien qui souffre des reins peut mordre si on le bouscule cela ne veut pas dire qu’il est méchant, mais seulement qu’il faut le soigner et faire attention à lui. Rendre obligatoire la déclaration en mairie de toute morsure, quelle que soit la race ou la taille de l’animal peut aussi améliorer la situation. Mais attention, inciter les gens à dénoncer leurs voisins parce qu’ils estiment que leur animal représente un danger risque de focaliser les haines, d’attiser les conflits de voisinage, d’augmenter les délits de sale gueule et de montrer du doigt les minorités. Déclarer une morsure oui, mais c’est tout.
Lemagazine.info :
Pourquoi un chien peut-il se mettre à attaquer quelqu’un ?
Karine Molinié :
Quand il y a agression, il faut comprendre pourquoi le chien a donné cette réponse comportementale. Il n’y a jamais de morsure gratuite, l’animal répond toujours a un stimulus quel qu’il soit. La morsure peut être une réponse du chien en situation d’auto-défense, d’une peur, d’une douleur, la liste n’est pas exhaustive. Les tout-petits sont souvent les victimes de ces accidents, alors attention à ne jamais laisser un enfant seul avec un chien. Ce dernier, le meilleur qui soit, ne doit pas être considéré comme son copain de jeux, son petit frère ou son gardien ! Le chien reste un prédateur carnivore…
Lemagazine.info :
D’où peuvent venir les problèmes de comportement des chiens ?
Karine Molinié :
Le chien est de plus en plus intégré à la famille et passe sa vie à observer son environnement. Si un membre de la famille change de comportement, comme un enfant qui devient adolescent ou un père qui tombe subitement au chômage, le chien changera le sien également. Il essayera avec ses moyens de s’adapter au contexte familial et les réponses qu’il donnera pourront créer des complications. Les problèmes peuvent aussi venir d’une mauvaise socialisation, des attentes ambiguës des maîtres, de maltraitances souvent involontaires. Les causes sont nombreuses.
Emma Lassort , le 28 novembre 2007.
Karine Molinié est co-auteur avec Sonia Etchegaray de « Votre chien pète les plombs ? Petit manuel de survie ! » aux éditions Des idées et des Hommes (juin 2007).
Lien vers les travaux préparatoires de l’Assemblée Nationale