Les secteurs d'intervention

Les secteurs d’activités du comportementaliste sont très variés du fait que beaucoup de personnes au cours de leur vie quotidienne et de leur emploi sont ou peuvent être en relation avec le chien. Cette liste n’est pas exhaustive.


LES FOURRIERES, REFUGES, SPA et autres ASSOCIATIONS POUR LA PROTECTION DES ANIMAUX
Le comportementaliste en informant le personnel travaillant dans ces diverses institutions peu aider à une meilleure gestion de l’animal, de ces besoins et de ses comportements. En effet, il n’est pas facile de gérer un grand nombre de chiens dans un espace limité sans risques pour l’animal et pour le personnel. Une meilleure connaissance de l’éthogramme de l’espèce canine permettrait d’éviter les assimilations comportements / race. L’association d’un type caractériel avec une race est dangereuse pour les futurs propriétaires et condamnant pour les chiens. La conséquence du mythe du chien gentil avec les enfants a entraîné le labrador en tête des abandons ces dernières années. Il faut en effet savoir que la notion de caractères alloués aux chiens suivant leurs races n’est basé sur aucune étude scientifique et relève donc de l’utopie.. Le comportementaliste peut aussi renseigner et conseiller les futurs propriétaires de chiens pour que l’intégration de celui-ci dans la famille se passe au mieux par conséquent limiter les replacements ou euthanasies.


LES ELEVAGES
Aucune qualification, aucun diplôme d'état ou reconnu par lui n’est requis pour pouvoir élever ou faire la cession de chiens. L’activité d’éleveur n’est pas réservée aux professionnels, elle peut être pratiquée par tout le monde à condition de respecter les règlements en vigueur. Les professionnels doivent obtenir un certificat de capacité. Les troubles du comportement chez les chiens sont variés et très fréquents comme l'automutilation, la destruction du mobilier en absence des maîtres, la peur extrême et beaucoup d'autres choses encore et les causes peuvent être nombreuses et diverses mais il est a noter que le syndrome du chenil qui est un trouble de plus en plus courant trouve son origine dans les élevages. C’est dans les premières semaines de sa vie que le chien se développera socialement et c’est là que le comportementaliste peut apporter des informations, des recommandations aux éleveurs désireux de vendre des chiens sans prédisposition aux troubles de comportements. Une information précise sur la relation entre la mise en place des comportements sensoriels et moteurs et le développement social du chiot est primordiale Le comportementaliste peut donc informer les éleveurs soucieux de respecter la nature du chien et la demande de leurs clients.


LES CENTRES DE DRESSAGE
Le dresseur s’attache à rendre un chien performant dans la réalisation d’une tâche en faveur de l’homme, il aide les particuliers à acquérir le contrôle de leur chien dans la vie quotidienne. Pour obtenir des résultats ils utilisent les différents apprentissages et conditionnements. Le comportementaliste peut informer les dresseurs sur les capacités cognitives du chien. Tout dressage est basé sur les conditionnements et les diverses formes d’apprentissages, la connaissance des lois qui les régissent comme la loi de la répétition, de l’extinction ou celle de l’effet est fondamentale pour un dressage efficace. Le comportementaliste peut aider à mieux comprendre les canaux, les systèmes de communication et surtout les facteurs d’échecs. Le chien ne comprend pas le langage humain mais il n’est pas sourd pour autant, bien au contraire. Il communique avec l’Homme par le para verbal (intonations, rythmes) et surtout le non verbal (gestes, attitudes).Il faut qu’il y est congruence entre les différents signaux pour que la communication soit efficace mais hurler ne sert à rien. Le chien par apprentissage assimile qu’un son accompagné d’un geste a une signification.


Le comportementaliste peut aussi instruire sur l’émotion peur car si celle-ci est tue par beaucoup de dresseur comme si c’était une tare, la peur est présente chez le chien depuis la naissance et elle appelle une adaptation rapide.. La peur peut générer un état d’angoisse et pour ce libérer de cette émotion le chien va trouver des réponses adaptées, ritualisées. L’émotion peur fait partie du système de communication.


Le comportementaliste peut apporter des précisions sur le monde comme il est perçut par le chien « la notion d’Umwelt » et donc des différentes capacités de perception du chien ainsi que des notions de proxémique qui est liée à la perception de l’espace. On peut noter qu’il y a souvent confusion entre autorité et hiérarchie, le dressage apporte une autorité sur l’animal mais ne fait pas de lui pour autant un dominé. Le chien dressé obéit sous la contrainte et le dominant que se soit l’Homme ou l’animal gère l’espace. En apportant ces informations aux dresseurs, le comportementaliste peut conduire à une pratique de dressage plus orienté sur l’utilisation des capacités cognitives du chien.


LES COLLECTIVITES régionales, communales et étatiques
Le comportementaliste peut informer pour une meilleure prévention des accidents les employés municipaux, la gendarmerie, les services de polices et les services de sauvetage comme les pompiers et le SAMU. Il est indéniable que la violence, ces dernières années, a augmenté d’une façon frappante dans notre société. La violence à l’école, parmi la jeunesse, violence sur les lieux de travail et surtout dans les cités HLM. Les chiens de combat sont l’exutoire de cette violence mais ils en sont aussi les victimes. Ils sont les moyens d’expression, les “ accessoires ”, au même titre que les couteaux à cran d’arrêt et autres armes, pour les gens qui veulent se faire respecter et se défendre dans leur milieu. L’importation et l’élevage clandestin de chiens présentant des caractères morphologiques d’une grande puissance comme les molossoïdes augmente le facteur dangerosité car bien entendu les blessures alors infligées par ces chiens peuvent être très graves. Il n’est pas rare d’entendre par la presse qui se fait l’écho de cette violence, des agressions survenues lors d’interpellation par les forces de l’ordre de délinquants accompagnés de chiens, une meilleure information permettrait de mieux gérer ces situations. Nous ne devons pas oublier les facteurs et autres fonctionnaires qui doivent, pour accomplir leur travail, se rendre au domicile de personnes détenant des chiens. Ils n'ont pas un travail de tout repos. Suivant des chiffres communiqués par la CGT il y aurait eu 6000 facteurs mordus en 1999. Le comportementaliste peut aider ces services à comprendre et anticiper les comportements des chiens avec des explications sur la notion de distance critique, des mimiques de menaces, les attitudes dominé dominant, l’instinct de prédation etc. Les services de sauvetages peuvent être confrontés lors de secours aux accidentés de la route ou autre avec des chiens coincés avec leurs propriétaires et parfois même blessés. Il est important pour eux qu’ils connaissent entre autre le type d’agression par irritations, la notion de distance critique et les moyens de contourner cette difficulté.


LES ECOLES maternelles, primaires et secondaires
Nous savons qu’il y a en France 1500 morsures de chiens déclarées chaque jour et que 70% d’entre elles sont faites sur des enfants. Dans les conclusions d’octobre 1997 portant sur 10 ans d’étude du Système européen de la surveillance des accidents, il apparaît que les enfants de 1 à 14 ans le plus souvent de sexe masculin sont les principales victimes (40,2 %) des accidents dus aux chiens. Ils se produisent le plus souvent à la maison (48 % dont 31 % à l’extérieur et 17 % à l’intérieur) ou sur les lieux de transport (14 %). Ces accidents sont graves du fait de l'âge des patients, de la localisation des lésions, et de la fréquente nécessité d'un traitement prolongé. Les différentes études révèlent le fait que le chien à l'origine de l'accident est souvent un chien connu, celui de la famille, de voisins ou d'amis. Le comportementaliste a un rôle éducatif à l’égard des enfants pour leur apprendre un comportement approprié vis à vis du chien. Il doit expliquer aux enfants ce qu’est un chien, ce qui provoque les conduites agressives chez lui, comment respecter sa place au sein de la famille, comment l’aimer et s’en occuper. Les morsures sont fréquentes chez les petits qui n’ont pas appris à se comporter avec un chien, ils le traitent comme un jouet et non pas comme un être vivant. L'enfant représente pour le chien un être ambigu, il est à sa hauteur, il n'a pas avant la puberté l'odeur d'un homme, il a une voix aiguë et des gestes brusques. Cet être différent de l’homme peut lui faire peur et en conséquence conduire à des accidents. Mais il n’est plus à prouver les apports positifs du chien sur le développement de l’enfant et se serait dommage de priver l’un et l’autre de relations si constructives et affectives à cause d’une mauvaise information.


LES MAISONS DE RETRAITE
Plusieurs personnes âgées perdent leurs chiens, non à cause de la mort de celui-ci, mais parce qu'elles sont forcées de les abandonner, donner ou tuer pour accéder à un logement dans une maison de retraite. Être forcé d'abandonner son chien, son compagnon peut être une source de stress grave menant à la dépression, à la maladie organique ou même au suicide. La personne âgée devant abandonner un animal compagnon perd le réconfort de l'animal et peut être exposée au stress grave de la dépression qui suit cette perte. Le comportementaliste peut agir en démontrant les bienfaits de la présence du chien. Le chien, compagnon de toujours, apporte tendresse et animation aux personnes âgées, c’est celui qui accompagnera son maître jusqu'au bout. Il permet le maintien d’une cohésion sociale, apaise le sentiment solitude et il est un irremplaçable compagnon leur permettant d'augmenter leur autonomie. Le comportementaliste peut aider les responsables des maisons de retraite à intégrer l’animal dans les instituts, trouver des solutions pour l’entretien, les éventuelles nuisances sonores, l’hygiène, la sécurité et le placement du chien après le décès de son propriétaire.


LES HOPITAUX, CENTRES DE REEDUCATION FONCTIONNELLE ET SERVICES PSYCHIATRIQUE
En France, cinq millions de personnes souffrent d'un handicap de nature différente : visuel, auditif, mental, et doivent suivre des thérapies longues et difficiles en milieux hospitaliers. Le chien joue un rôle essentiel sur le moral et indirectement sur la santé des personnes malades. Il a un rôle thérapeutique. Il ne guérit pas, mais il aide à guérir. Il diminue le stress et l'anxiété. C'est un antidépresseur, un véritable obstacle au repli sur soi, il permet l’affection et rend la vie dans les hôpitaux plus humaine. Par ailleurs il facilite le contact du médecin, surtout en traitements psychiatriques, le chien sert de protection pour le patient vis à vis de son analyste et peut lui permettre de faire un transfert de ses propres sentiments. Le comportementaliste est là pour faciliter l’insertion du chien dans ces milieux, trouver des compromis entre hygiène et présence animale en créant par exemple des espaces tendresse ou des ateliers.


Pour ce qui concerne le personnel soignant des hôpitaux, le comportementaliste en plus des informations nécessaires pour l’introduction des chiens dans ces milieux peut instruire sur les types et la localisation des blessures provoquées par les morsures de chiens selon l’age des individus. Pincements, dissections partielles, perforations par crocs, déchirures, arrachements sont les principaux types de lésions observées. Ce sont en majorité des plaies ouvertes, les parties lésées sont en premier lieu les membres supérieurs puis la tête, surtout le visage chez les adultes. Chez l’enfant de moins de 10 ans c’est la tête qui est atteinte préférentiellement avec une acmé chez les enfants de 1 à 4 ans. Cette localisation s’explique souvent par la taille des enfants, en effet leur tête est au niveau de la gueule des chiens. Chez les adultes les lésions infligées au visage sont souvent la conséquence d’une maternisation du chien.


LES ADOLESCENTS MARGINALISES
Le rôle du chien chez les adolescents notamment dans les centres de réinsertion est très positif. Il facilite la maturation psychoaffective, il est un moyen d’acquérir et de développer des qualités nécessaires à la vie adulte. Il canalise et contient l'agressivité, stabilise, responsabilise, organise le temps, encadre le quotidien, met en relation avec la nature. Le chien restaure ou génère l'ambiance familiale. Il permet de se faire aimer tout en apportant de la compagnie. Tout semble indiquer qu’il contribue à l’acquisition d’un répertoire comportemental plus structuré et socialement plus efficace. Vu la montée de la délinquance en France, le comportementaliste a un rôle social à jouer en facilitant, par une meilleure connaissance de la relation Homme / chien, une intégration plus courante de celui-ci dans les centres de réinsertion. L’animal de compagnie peut-être un élément moteur de socialisation et d'intégration sociale.


LES CENTRES CARCERAUX
Le chien en milieu carcéral peut améliorer le climat interne, il apaise les tensions ou les conflits, se fait porteur de messages. Il peut servir de médiateur entre détenus et gardiens et avec l’extérieur. Le comportementaliste peut aider au rapprochement de chiens et des détenus tout en veillant au respect de l’animal. Il peut aider pour la mise en place d’ateliers qui permettront par leurs effets structurant de rééduquer et réhabiliter les détenus.


LES FAMILLES
Le chien familier doit être considéré comme un être qui fait partie du groupe humain au sein duquel il vit, comme un être qui accepte, établit et développe une relation avec la famille. A ce titre, il participe à l'équilibre de celle-ci et fait ainsi partie intégrante de son environnement quotidien. Il a des aptitudes particulières aux relations familières, comme celles qu'entretiennent les membres d'une même famille les uns avec les autres. La situation est paradoxale. A priori, chacun sait ce que désigne un " animal de compagnie "mais en revanche, plus floues apparaissent les perceptions de sa véritable nature, du monde tel qu’il le perçoit. Le comportementaliste est sollicité auprès des familles quand les relations qu’elles érigent avec leur chien sont déstabilisantes, gênantes ou dangereuses. Il est là pour diagnostiquer l’origine du problème et permettre aux familles de rétablir de bonnes relations avec leur chien. Le comportementaliste peut-être aussi consulté avant l’acquisition et après le décès de celui-ci. Avant l’acquisition permet d’éviter les situations génératrices d’anxiété et de troubles du comportement chez le chien et d’aider les familles dans leurs choix sur la provenance du chien, la race ou l’élevage. Après le décès pour éviter que les maîtres fassent un transfert ou recherchent un clone dans l’achat d’un autre animal ce qui véhicule plus souvent de la déception que du contentement et pour les aider, le cas échéant, a faire le deuil de l’animal.

 

LA POLITIQUE
Le comportementaliste peut servir de médiateur entre la société et les politiques. Par sa connaissance des relations homme / chien et celle de l’éthogramme du chien et de ses modes de communication, le comportementaliste peut assister l’Etat pour la mise en place de nouvelles lois régissant le monde du chien. Les rapporteurs mandatés dans la recherche d’informations pour établir de nouvelles lois auditionnent le plus souvent les personnes responsables de la Société Centrale Canine et les vétérinaires. Ceux-ci s’attachent plus au coté hygiénique, commercial et sécuritaire, à la résultante du problème chien mais rarement à l’origine. Prenons par exemple les normes vétérinaires imposées pour l’installation d’un élevage de chiens. Elles sont strictes sur les questions de surface minimum, d’hygiène des box, pollutions sonores et tenue de livres de caisse mais rien n’est dit sur le mode d’élevage, la socialisation des chiots et le choix des géniteurs.


Karine Molinié